Les règles encadrant la délivrance des arrêts de travail se durcissent. Depuis ce mardi 1er septembre, leur durée est plafonnée. Une mesure qui vise, avant tout, à réaliser des économies dans un contexte où les arrêts maladie n’ont cessé de se multiplier depuis la crise du Covid.
Concrètement, un médecin, un chirurgien-dentiste ou une sage-femme ne peut plus délivrer un arrêt initial de plus de 31 jours. En cas de besoin de prolongation, chaque renouvellement est lui-même plafonné à 62 jours. Autrement dit, pour un arrêt de longue durée, le patient devra retourner voir son médecin à échéances régulières afin de faire renouveler son arrêt, plutôt que d’obtenir d’emblée une prescription courant sur plusieurs mois.
Dans les faits, cela signifie une nouvelle prescription à transmettre à son employeur et à sa Caisse primaire d’assurance maladie au moins tous les deux mois.
Ce plafonnement ne s’applique toutefois qu’aux arrêts et prolongations prescrits à partir du 1er septembre. Un arrêt déjà en cours n’est pas remis en cause : il ne basculera dans les nouvelles règles qu’au moment de son prochain renouvellement.
Des dépassements possibles, mais encadrés
La réforme prévoit des exceptions pour les pathologies les plus sévères. Le professionnel de santé peut toutefois prescrire un arrêt d’une durée supérieure lorsque l’état de santé du patient le nécessite. Cette dérogation doit être justifiée sur la prescription, au regard notamment des recommandations de la Haute Autorité de santé.
Autre nouveauté à connaître : au-delà de trois mois de renouvellement continu, un médecin peut solliciter l’avis du service du contrôle médical de l’Assurance maladie.
Une visite médicale possible dès 30 jours d’arrêt
Pour préparer le retour au travail dans de meilleures conditions, une visite médicale dite « de pré-reprise » est accessible. Cette visite auprès du médecin du travail n’est pas obligatoire, mais elle peut être demandée par le salarié lui-même, par son médecin traitant ou par le médecin du travail. Elle permet notamment d’anticiper un aménagement de poste ou d’horaires avant la reprise, plutôt que de le découvrir une fois de retour au travail. Cette visite peut également être demandée par le médecin-conseil de la Sécurité sociale.
Pourquoi ce durcissement ?
Cette réforme ne sort pas de nulle part : les arrêts de travail étaient déjà dans le viseur du gouvernement l’an dernier, et les chiffres donnent une idée de l’ampleur du phénomène. Selon une étude Malakoff Humanis publiée en juin 2026, 32 % des salariés ont été concernés par au moins un arrêt de travail en 2025. Le taux d’absentéisme atteint désormais 4,3 %, en hausse de 25,5 % par rapport à 2019. Ce sont surtout les arrêts longs qui tirent cette progression vers le haut : les absences de plus de 60 jours ont augmenté de 4,9 % en un an. Fait notable, les troubles de santé mentale sont devenus, pour la première fois, le premier motif d’arrêt de plus de 30 jours, devant les troubles musculosquelettiques.
Des réserves du côté des médecins
Sur le plan budgétaire, environ 30 000 arrêts de travail seraient prescrits chaque jour en France, soit une hausse de 40 % depuis la crise sanitaire, pour un coût annuel de 18 milliards d’euros pour l’Assurance maladie.
Du côté des professionnels de santé, la mesure suscite des réserves : crainte de voir les cabinets médicaux engorgés par des consultations de simple renouvellement, alourdissement de la charge administrative liée aux justifications écrites désormais exigées, et risque de stress supplémentaire pour les patients les plus fragiles, contraints de renouveler plus souvent leur dossier.